Réponse !

Le chirurgien n’est autre que la mère de l’accidenté. Autrement dit, le chirurgien était une chirurgienne.

Toute cette conversation montre bien le problème que suscite l’emploi d’un genre grammatical…

Mais saviez-vous que ce problème de féminisation des noms de métiers n’existait pas auparavent ?

Faisons donc un petit saut dans le passé !

Les origines du français, vous le savez tous, viennent du Latin. Et là vous me demandez, féminisait-on les noms de métiers, fonctions grades ou titres en Latin ? Eh bien oui, mais c’était bien plus simple puisqu’il suffisait (je rappelle donc inutilement n’est ce pas que le latin est une langue avec déclinaisons) d’alterner des suffixes masculin/féminin. Les terminaisons en –us devenaient –a et celles en –tor par exemple devenaient, au féminin, -trix.

Un exemple :

À dominus correspondait domina (maître/maîtresse)

À auctor correspondait auctrix (auteur/celle qui produit, créé)

Puis, est apparu peu à peu l’Ancien Français. Du XIIè au XVIè, c’était la même chose quasiment car des masculin en –ier, -eor, -teure, -ien on faisait des féminins en –iere, -eresse, -trice, -ienne.

Ainsi, on avait :

Auctor qui faisait Auctrix en latin

et

Auctor qui donnait auctrice en Ancien Français.

Mais petit à petit, une autre distinction s’est faite selon les catégories d’activités :

  • Les métiers manuels, non valorisés

Les petits métiers à l’époque sont sexués et le sont toujours.

Par exemple, le terme de « poissonnière » apparaît déjà en 1389 dans un registre. Il n’y a aujourd’hui aucun problème avec la féminisation de ces noms de métiers.

  • Les titres de noblesse et les charges (dans le domaine religieux et juridique).

Dès les origines du français:

  1. Les titres nobiliaires sont sexués. Ils le sont restés. Par exemple, aujourd’hui, le suffixe –esse est péjoratif mais on disait bien à l’époque (et c’est resté) une comtesse, une duchesse et même une princesse !
  2. Dans le domaine religieux, la féminisation était déjà ambiguë. En effet, on disait la prévôste autant pour la femme du prévôt que pour la directrice des nonnes.
  3. La langue du droit est conservatrice, c’est pourquoi les anciennes formes de « demanderesse », « défenderesse » sont toujours actuels.
  • Les métiers valorisés

Ces métiers étaient eux aussi sexués. En 1230, on trouve chez Gautier et Cuincy (Miracle de Notre Dame) le termes de « phisicienne » par exemple.

On observe cependant qu’ensuite, à partir du XVIIe s. : la plupart d’entre eux, essentiellement ceux suffixés en –esse/-eresse, reçoivent une connotation péjorative.

C’est la littérature satirique du Moyen Age jusqu’au XVIe s. qui, raillant les femmes te les couvent de femmes ou parodiant le langage juridique par des créations en –esse et en -eresse, a porté le coup de grâce à ces 2 suffixes.  Ainsi, la difficulté de former le féminin des noms de métiers était plus d’ordre social que morphologique. On acceptait l’existence de mot comme « lavandière mais on se raillait d’astronomienne, advocate ou encore theologienne.

Il faut attendre le XXe s. pour qu’enfin les advocates, doctoresse, banquières…soient des femmes qui exercent ces fonctions. Aujourd’hui, l’INALF (Institut National de Langue Française)  observe une progression constante des formes féminisées dans l’usage.

Et là vous me dites :

Bon, très bien mais aujourd’hui… concrètement, je dis quoi :  « Une pompier », « une femme-pompier »,    « une pompière » ???

La suite dans le prochain épisode !

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